Points de vue
Nancy E Hultquist, enseignante, Morris Brandon Elementary, Atlanta, Géorgie, États-Unis
Franchir la barrière
Pour les enseignants qui souhaiteraient mieux comprendre les élèves et les peuples de différents pays, rien ne vaut l’expérience personnelle – et le défi – que constitue l’immersion dans une autre culture. Cette assertion a pris tout son sens lorsque j’ai découvert une étude récemment menée par un groupe d’écoles du monde de l’IB aux États-Unis. En se plongeant dans une nouvelle culture, des enseignants ont vu leur compréhension s’élargir à un point qu’ils n’auraient jamais imaginé avant cette expérience. Et cette compréhension exacerbée leur a permis de prendre conscience de ce que pouvaient vivre les élèves de leurs établissements, comme l’explique l’un des participants : « Je suis parti en Iran tout seul, sans connaître le farsi, pour rendre visite à ma belle-famille. Je peux vraiment me mettre à la place des enfants qui arrivent dans notre établissement en provenance d’un autre pays ; je sais ce que l’on ressent lorsque l’on se retrouve dans un endroit où personne ne parle votre langue ».
Une fois la barrière de l’ignorance franchie, les enseignants restent du côté de la connaissance.
Si de nombreux enseignants concernés par cette étude reconnaissent les mérites des voyages à l’international, ils remarquent toutefois que seule l’immersion prolongée, et non le voyage en tant quel, permet d’acquérir une compréhension approfondie. Loin de chez eux, ils ont commencé à percevoir cette nouvelle culture de l’intérieur. Et la découverte de ces nouvelles visions du monde les a conduits à réfléchir sur leur propre vie et milieu culturel. Un autre enseignant témoigne : « Je comprends mieux pourquoi j’aime certaines choses et pourquoi je pense d’une certaine manière. Mais maintenant, je suis plus ouvert, curieux et tolérant ».
Ces enseignants en immersion à l’étranger ont « franchi une barrière », celle qui les empêchait auparavant de comprendre les enjeux culturels. Et une fois cette barrière franchie, il leur est impossible de repasser du côté de l’ignorance. C’est une très bonne chose car, au fond, le message de cette étude est simple mais profond : « Vas-y, fais-le, lance-toi, fonce ! ».

Ratih Saraswati, directeur d’un établissement scolaire dispensant le Programme primaire, Sekolah Ciputra, Surabaya, Indonésie
Les dirigeants de demain

Peu de pays présentent une diversité aussi riche que l’Indonésie, que ce soit en termes d’ethnie, de culture et de religion. L’Indonésie compte près de 222 millions d’habitants, 300 groupes ethniques parlant plus de 350 langues et pratiquant 6 religions officielles. Cette diversité a apporté à l’Indonésie son lot de richesses mais aussi de conflits au fil du temps, donnant ainsi lieu à la naissance de préjugés et de soupçons réciproques.
Lors de la conférence de la région IB Asie-Pacifique qui s’est tenue en 2006 à Hanoi, l’intervention de Taymur Mirza sur les liens qui unissent entre eux les humains et la responsabilité de chacun envers la planète m’a conforté dans l’idée que le profil de l’apprenant de l’IB s’intègre parfaitement au contexte indonésien. J’ai pris conscience des choix qui s’offrent à nous ainsi que de l’importance que revêtent à la fois la responsabilité individuelle et le travail en équipe.
Tous les établissements d’Indonésie pratiquent chaque matin le traditionnel lever du drapeau et la récitation de la « Pancasila » – les cinq principes fondamentaux sur lesquels repose la philosophie fondatrice officielle de l’État indonésien : la foi en un Dieu unique, une humanité juste et civilisée, l’unité de l’Indonésie, la démocratie fondée sur le dialogue et la représentation équitable ainsi que la justice sociale pour le peuple tout entier. Ces cinq principes sous-tendent la devise officielle du pays : « Unité dans la diversité ».
Les jeunes peuvent contribuer à bâtir un monde meilleur et plus paisible grâce au dialogue interculturel.
Dans l’établissement de Sekolah Ciputra, la « Pancasila » se traduit par des engagements d’apprentissage concrets qui s’inscrivent dans le cadre des thèmes transdisciplinaires du PP. Les élèves découvrent le concept de diversité au cours d’une unité de recherche intitulée « Qui nous sommes », partant du postulat que l’histoire, la culture et les croyances de chaque famille sont uniques. L’unité « Comment nous nous organisons » incite les élèves à réfléchir aux conséquences que les actions individuelles ont sur la communauté et l’environnement naturel.
En tant qu’Indonésiens qui formons les dirigeants qui seront demain à la tête de ce pays si vaste et si riche au niveau culturel, et en tant qu’enseignants de l’IB, nous nous engageons à former des jeunes qui contribueront à bâtir un monde meilleur et plus paisible, dans un esprit de dialogue et de respect interculturel, capables de comprendre, comme l’indique la déclaration de mission de l’IB, « que les autres, en étant différents, puissent aussi être dans le vrai ». C’est dans nos établissements que nous pourrons faire de la devise nationale de l’Indonésie une réalité.
Ty Frederickson, enseignant, American-British Academy, Mascate, Oman
Conscience et activisme

Si nous voulons vraiment apprendre à nos élèves à devenir des acteurs du monde capables de penser de façon critique, nous devons les encourager à étudier leurs propres perceptions du monde et le rôle qu’ils y assument. C’est dans cet esprit que ma femme et moi avons créé le groupe Students Against Prejudices (SAP – « Élèves contre les préjugés ») dans l’établissement secondaire de Wichita (Kansas, États-Unis). Nous étions persuadés que donner aux élèves la possibilité de réfléchir avec d’autres, avec leur établissement et avec la communauté locale sur des problèmes d’ordre culturel et social leur permettrait d’étayer et de clarifier leurs motivations personnelles en vue de relever le défi de l’IB.
Rédigée par les élèves eux-mêmes, la déclaration de mission du groupe est de « combattre la discrimination en encourageant la tolérance, l’unité, l’acceptation et la compréhension ». Au cours des sept dernières années, le groupe a connu un succès phénoménal, et de nombreux membres ont par la suite lancé des programmes similaires dans leurs universités, démontrant ainsi l’esprit même de l’apprenant perpétuel.
Les groupes animés par les élèves permettent à ces derniers de réfléchir sur eux-mêmes et sur la communauté.
Il y a deux ans, lorsque nous avons rejoint la American-British Academy (ABA), une école du monde de l’IB située à Mascate (Oman), nous avons fondé la seconde branche du SAP. Trente membres travaillent pour créer des liens entre l’établissement et la communauté locale. Chaque année, à l’automne, le comité directeur fraîchement élu organise un « atelier diversité » sur un week-end pendant lequel des activités conçues pour aider les élèves à prendre conscience de leur singularité individuelle et collective sont proposées. À travers un enseignement et un apprentissage réciproques, l’atelier explore les relations, les techniques de résolution des conflits et les origines des préjugés.
Parallèlement au travail de l’IB qui continue de changer la vie de milliers d’autres jeunes, les groupes parascolaires animés par les élèves tels que le SAP peuvent jouer un rôle déterminant en donnant l’occasion aux élèves d’opérer un retour sur eux-mêmes de façon créative et interactive.
Nick Lee, directeur pédagogique et coordonnateur de l’IB, St Clare’s, Oxford, Royaume-Uni
Les joies de la différence
« Diversité », a dit mon interlocuteur du magazine IB World. Bon, ai-je pensé, la diversité, ça devrait être dans mes cordes. Après 30 ans d’expérience avec l’IB et 25 en tant que coordonnateur du Programme du diplôme de l’IB, la diversité ne devrait pas me poser de problème. « Et en quoi quelqu’un qui a passé 25 ans dans le même établissement pourrait-il se targuer d’avoir une expérience en matière de diversité ? », ironise un collègue narquois. « Facile, je lui rétorque, aucun autre poste dans l’éducation ne permet de vivre une expérience aussi diversifiée. »
Reprenons tout depuis le début : j’ai vu les directeurs généraux se succéder à tête de l’IB – Peterson, Renaud, Peel, Walker et Beard – voilà un bon début de diversité ! Quant à l’organisation… Au début de ma carrière, l’IB n’était encore qu’une « industrie artisanale », mais le Programme primaire et le Programme de premier cycle secondaire sont désormais dispensés dans 128 pays et plus de 2 300 établissements. À l’échelle mondiale, l’IB est passé d’un simple groupement d’écoles internationales à une organisation représentée dans des institutions en tout genre, y compris dans des établissements publics.
L’expérience de l’IB permet aux élèves d’apprendre activement tout au long de leur vie et d’être empreints de compassion.
Et en ce qui concerne ma propre expérience, eh bien, j’ai eu la grande chance de pouvoir assister à des conférences et des ateliers organisés dans les plus grandes villes du monde tout au long de ma carrière. La diversité et la variété représentée par les collègues que j’ai rencontrés ont été une véritable source d’enseignement et de plaisir.
Mais la plus grande diversité provient des élèves eux-mêmes. J’ai la chance de pouvoir travailler dans un établissement international qui regroupe actuellement plus de 40 nationalités. J’ai le privilège de rencontrer des élèves aux capacités, croyances et tendances politiques très différentes.
C’est merveilleux de voir comment l’expérience de l’IB permet aux élèves d’« apprendre activement tout au long de leur vie, d’être empreints de compassion » et de comprendre que les autres puissent aussi être dans le vrai, comme l’affirme la déclaration de mission de l’IB. J’ai toujours apprécié les discussions sur l’éthique que j’ai eues en cours de Théorie de la connaissance avec des classes composées d’athées, d’agnostiques, d’humanistes, de chrétiens de différentes confessions, de musulmans ou de taoïstes chinois. La diversité des opinions est considérablement instructive et développe la tolérance vis-à-vis des différences.
Je raconte souvent à mes élèves qu’une fois leur horizon élargi, rien ne pourra jamais le refermer. Et je remercie le ciel que ce soit également vrai pour moi.

